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Fibromyalgie – Douleur, les medecins sont trop peu formés

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Lundi dernier paraissait dans Le Monde une tribune appelant à des mesures concrètes en faveur de la médecine de la douleur. Le Dr Didier Bouhassira, co-signataire de ce texte et président de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD), explique à What’s up Doc pourquoi les médecins doivent s’engager davantage dans cette discipline. 

What’s up Doc. Vous pointez dans votre tribune les insuffisances de la formation médicale concernant la prise en charge et le traitement de la douleur. Comment ces insuffisances se traduisent-elles ?

Didier Bouhassira. Ce sont des constats quotidiens concernant la prise en charge des patients douloureux chroniques. Dans les centres de traitement de la douleur, les patients que nos collègues nous adressent ont souvent erré pendant des mois, voire et des années, sans bénéficier d’une prise en charge adéquate.

WUD. Quelles sont les lacunes que vous constatez ?

DB. La prise en charge a fait des progrès, mais elle reste insuffisante. Côté diagnostic, l’identification des différents types de douleurs chroniques est souvent incomplète. Côté prise en charge, on sait trop peu souvent qu’il n’y a pas que les antalgiques usuels. Le plus souvent, ils ne marchent pas, et on est amenés à utiliser d’autres produits comme les antidépresseurs et les antiépileptiques. Nous utilisons également les approches non-médicamenteuses.

WUD. Comment les étudiants sont-ils formés sur ce sujet ?

DB. A mon époque, il y avait zéro heure en formation initiale. Aujourd’hui, nous avons quelques heures dans les unités d’enseignement transversales, mais ce n’est pas assez spécifique.

WUD. En même temps, les étudiants ont déjà assez d’heure de cours, on ne peut pas trop en ajouter !

DB. On ne va évidemment pas transformer tous les médecins en spécialistes de la douleur. Comme pour les autres disciplines, il faut que tous les praticiens aient une base commune, qu’ils sachent qu’on peut adresser un patient sur un centre spécialisé… Et surtout, il faut continuer à former des spécialistes venant de différentes disciplines.

WUD. Justement, quels sont les besoins en formation ?

DB. Nous avons environ 250 structures spécialisées : il faut former des jeunes pour remplacer les 20 à 30 % de cadres qui vont prochainement partir à la retraite.

WUD. Et comment s’organise l’offre de formation ?

DB. Il existait un Desc, mais il va disparaître dans le cadre de la réforme du troisième cycle. On nous propose de le remplacer par une Formation spécialisée transversale (FST), mais elle ne durera qu’un an au lieu de deux, et ses contours ne sont pas encore bien définis.

WUD. Alors, quel est votre message aux jeunes médecins pour les convaincre de s’engager dans cette voie ?

DB. La médecine de la douleur est une véritable médecine humaniste. Nous sommes loin de la médecine d’organe, nous nous appuyons sur une prise en charge globale : dimension physiopathologique liée à la lésion initiale, mais aussi dimension psycho-sociale, voire philosophique, pour la relation avec le patient. Et surtout, c’est une médecine multidisciplinaire qui se pratique en équipe. Enfin, il y a beaucoup d’activités de recherche, depuis la biologie jusqu’aux sciences humaines.

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Des propositions au prochain président de la République

Dans leur tribune, les co-signataires appellent le prochain président de la République à prendre, « dès le début de son mandat », huit mesures fortes en faveur de la médecine de la douleur :

1. Consolider le rôle des structures spécialisées dans la prise en charge de la douleur chronique en développant leur accessibilité sur tout le territoire et en renforçant l’articulation de leurs missions avec les professionnels de santé de ville.

2. Mieux prévenir les douleurs chroniques et leurs impacts en proposant un dépistage et une prise en charge précoces des facteurs de chronicisation, ainsi que des plans de prévention au travail.

3. Sensibiliser les professionnels de la santé aux douleurs chroniques ­post­opératoires afin qu’ils soient en ­mesure de détecter les patients susceptibles de les développer et de les­ ­accompagner sur la durée.

4. Renforcer la formation des professionnels de santé (spécialistes ou généralistes) à la prise en charge de la ­douleur et de la souffrance, en mettant l’accent sur la coordination des soins.

5. Garantir la prise en charge de la douleur lorsque le patient est hospitalisé à domicile.

6. Associer plus étroitement les patients et leurs représentants à l’évaluation des nouvelles thérapies de lutte contre la douleur et la souffrance et ­favoriser l’accès d’un arsenal thérapeutique diversifié, permettant de répondre au plus près du besoin du patient.

7. Améliorer le soulagement de la douleur aiguë lors de l’arrivée des patients aux urgences.

8. Développer des outils d’évaluation de la douleur pour les patients qui ont des difficultés de communication (nourrissons, personnes souffrant de troubles psychiatriques, handicapés…).

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